Mercredi 6 juin 2012 3 06 /06 /Juin /2012 15:13
- Publié dans : Olivier Ypsilantis

 

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A Chiune Sugihara (1900-1986), consul général du Japon à Kovno (Lituanie), honoré du titre de «Juste parmi les nations» en 1985. 

 

Gravure sur bois de David Ludwig Bloch (1910-2002), Juif de Shanghai de 1940 à 1949. 

 

I – Les communautés juives de Shanghai avant la Seconde Guerre mondiale.

Avant l’arrivée à Shanghai des Juifs qui fuient le nazisme, la ville compte déjà deux communautés juives. L’une est séfarade, originaire d’Irak et d’Inde pour l’essentiel ; elle est installée là depuis le milieu du XIXe siècle ; l’autre est ashkénaze, et la plupart de ses membres ont fui la Révolution d’Octobre. Le premier Juif à s’installer à Shanghai (dès l’ouverture du port au commerce international) est Elias David Sassoon, Juif de Bagdad ayant transité par Bombay, fondateur en 1845 de la firme Sassoon, filiale de la David Sassoon & Sons Company fondée par son père à Bombay, en 1832. La famille Sassoon est à l’origine du développement de Shanghai qui deviendra l’axe le plus important de son empire commercial, industriel et financier. D’autres noms séfarades marqueront l’histoire de cette ville, mais celui des Sassoon occupe sans conteste la plus haute place.

 

A partir de 1931, lorsque les Japonais envahissent la Mandchourie, de nombreux Juifs russes fuient Harbin et se réfugient à Shanghai où ils reçoivent l’aide des Séfarades fortunés qui font construire des centres d’éducation et de santé. Malgré tout, les Séfarades de Shanghai se verront reprocher leur détachement de la vie communautaire.  Il est vrai que les hommes d’affaires ne fréquentent guère ceux qui vivent de leur générosité ; il n’empêche que leur rôle sera déterminant lorsqu’il s’agira de secourir les dix-huit mille Juifs d’Europe centrale et orientale fuyant le nazisme.

 

Une communauté ashkénaze s’installe donc à Shanghai où la communauté séfarade tient une place prédominante. Je ne retracerai pas dans le présent article l’histoire de ces Ashkénazes, elle m’entraînerait trop loin et ferait de cet article un livre. Simplement, avant l’arrivée des Juifs d’Europe fuyant le nazisme, d’autres Juifs d’Europe s’étaient installés à Shanghai. Ils fuyaient la Révolution bolchévique. Ces Juifs ashkénazes sont modestes voire pauvres. Ils sont nombreux à dépendre des œuvres caritatives. Ashkénazes et Séfarades ont des rapports assez distants, ce qu’explique en partie le fait qu’ils n’ont pas de langue commune : les Séfarades parlent l’anglais voire l’arabe et le hindi, les Ashkénazes parlent le russe et/ou le yiddish ; et personne ne parle l’hébreu, hormis quelques rabbins. Les Ashkénazes n’ont pas très bonne réputation : il y a parmi eux d’anciens soldats, des aventuriers, des évadés de camps sibériens. Certains ont ouvert des tripots dans des quartiers malfamés. Par ailleurs, les Ashkénazes sont nettement plus engagés dans le projet sioniste que ne le sont les Séfarades.

 

II – Les réfugiés juifs d’Europe centrale et orientale.

Les Juifs d’Europe centrale et orientale qui fuient le nazisme et trouvent refuge à Shanghai sont environ dix-huit mille. Leur arrivée s’échelonne entre 1933 et 1941, en trois flux migratoires : de 1933 à la fin 1938, de la fin 1938 à juin 1940, de juin 1940 à décembre 1941.

 

A la fin de l’année 1938, les Juifs allemands établis à Shanghai sont environ quatre cent cinquante. Ils sont peu religieux et, pour la plupart, membres de professions libérales. Parmi eux, de nombreux médecins. Ces immigrés s’insèrent aisément dans la vie économique et sociale de la ville et trouvent sans tarder des emplois dans l’enseignement, les hôpitaux chinois ou les dispensaires des missions.

 

En juillet 1938, les trente-et-un pays présent à la conférence d’Evian ont fermé leurs portes aux Juifs menacés par les nazis. Seule la République dominicaine fait un geste et propose d’accueillir cent mille Juifs dans une zone agricole, à condition que les frais soient supportés par les intéressés. Le président de la République dominicaine est Rafael Leónidas Trujillo Molina, El Jefe, n’agit aucunement par philosémitisme ou, plus simplement, par humanisme. Il n’empêche, c’est mieux que rien. Victor Kuperminc explique les raisons du geste de ce dictateur dans le très riche lien suivant, intitulé ‟La conférence d’Evian”  :

http://www.sefarad.org/publication/lm/035/5.html

Des projets d’émigration massive sont élaborés, comme le plan Madagascar qui prévoit l’évacuation de quatre millions de Juifs d’Europe. Ce plan qui n’aboutira pas sera la dernière tentative destinée à résoudre la question juive par l’émigration. Des rumeurs circulent au sujet de Shanghai. Aucune restriction migratoire n’est imposée, ni visa ni caution ne sont exigés. Mais comment s’y rendre ? Et les Japonais, alliés des nazis, sont en guerre contre la Chine. Comment survivre là-bas ? Ernst G. Heppner (né en 1921 à Breslau, il vécut à Shanghai de 1939 à 1947) rend compte de ces inquiétudes dans son livre de souvenirs : ‟Shanghai Refuge – A Memoir of the World War II Jewish Ghetto” (publié en 1993 par University of Nebraska).

 

Les émigrés qui débarquent à Shanghai se trouvent sans grands moyens de subsistance étant donné qu’ils n’ont le droit d’emporter que le minimum. La communauté juive s’organise pour les recevoir. En octobre 1938, toutes les organisations communautaires tant ashkénazes que séfarades se réunissent et fondent le Committee for the Assistance of European Jewish Refugees in Shanghai dirigé par Michel Speelman. En décembre 1938, les réfugiés sont déjà mille cinq cents. Shanghai continue d’être le seul endroit où l’on puisse débarquer sans visa, argent ou garantie ; et l’information circule. Les compagnies maritimes italiennes et allemandes affichent complet pour les six mois à venir. LIRE LA SUITE

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