Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 02:51
- Publié dans : Monde chrétien

J'avais l'intention de présenter le livre d'Elie Benamozegh, écrit en français, par le rabbin et philosophe italien du XIXème siècle qui vivait à Livourne mais mes recherches m'ont amenée à trouver un très bel article d'Olivier Ypsilantis qui présente admirablement ce livre, vous pouvez lire l'article intégral sur le site http://zakhor-online.com/?p=565

Le livre “Morale juive et Morale chrétienne” est disponible en plusieurs éditions dont une préfacée par Shmuel Trigano, aux Éditions In Press, collection “Lettres promises”, dirigée par Shmuel Trigano. Une adaptation de Georges Hansel est disponible en ligne : 
Morale juive et Morale Chrétienne Elie Benamozegh (1822-1900)

 

Voici un passage du livre que j'apprécie particulièrement :


Pourquoi la morale judaïque n'a pas été assez appréciée

En attendant, s'il est quelque chose qui retarde l'avènement de ce grand jour, c'est la supériorité que s'arroge le fils sur son vieux père, - le christianisme sur la religion d'Israël, - en fait de morale. S'il y a un outrage qu'un père ne puisse endurer sans s'avilir, c'est sans contredit celui-là. A la vérité, à la critique, à l'opinion, le devoir et la tâche d'examiner cette prétention, de vider ce procès qui dure depuis des siècles. Bien des fois, hélas ! l'hébraïsme a dû en entendre le reproche ; bien des fois s'est réalisée sur lui la terrible prédiction d'Isaïe : que, dans son martyre séculaire, à la persécution se joindrait la calomnie. Serait-il arrivé le jour de la justice, de l'impartialité, de la bonne critique ?

Espérons-le. Déjà des plumes savantes ont travaillé à la grande œuvre ; déjà l'opinion est émue, ébranlée, et l'on parle, dans la haute critique, de certaines maximes judaïques (telles que la célèbre réponse de Hillel au prosélyte) qui avaient devancé et inspiré le fondateur du christianisme. Pourquoi l'on n'a pas encore remporté une juste et légitime victoire ; pourquoi un complet succès n'a pas couronné tant d'efforts, nous allons le dire avec franchise. C'est par deux causes également déplorables.

  • D'un côté on n'a pas assez distingué ce qui dans le judaïsme est du ressort de la politique, de ce qui appartient en propre à la morale ; distinction indispensable, impérieusement requise par la double nature du judaïsme, comme nous l'avons établi.
  • D'un autre côté, on a attribué trop peu d'importance à la Tradition, aux rabbins, soit que les déclamations du camp ennemi en aient imposé, soit qu'on ait voulu affecter un puritanisme juif qui n'est pas de mise dans le judaïsme traditionnel, rabbinique, tel que nous le professons.

Nous tâcherons d'éviter de notre mieux ces deux écueils, heureux si nous pouvons faire avancer d'un pas la question religieuse, qui, pour n'être pas agitée à la tribune ou dans les colonnes des journaux, ne laisse pas de palpiter au fond des cœurs et des esprits.


En lisant Elie Benamozegh par Olivier Ypsilantis

Il y a peu, j’ai pris connaissance d’un livre qui m’a grandement troublé, “Morale juive et Morale chrétienne” d’Elie Benamozegh (1823-1900), car il traduit avec précision certaines de mes impressions et les ordonne.

Il y a tout d’abord cette supériorité que le christianisme s’attribue sur le judaïsme, le christianisme qui se présente comme immanent, ne procédant que de lui-même. Écarté le judaïsme ! 

La morale chrétienne représente bien une formidable avancée par rapport à la morale païenne. Elle dispose d’une puissante assise théologique qui s’oppose radicalement aux intrigues et aux luttes intestines qui agitent les panthéons païens et interfèrent dans la vie politique. Le christianisme a mis de l’ordre dans ce désordre, fort de son héritage venu du judaïsme. Il le fit parfois avec un excès de rigueur, mais force est de reconnaître que le christianisme a fait progresser la morale et l’humanité en reversant les autels sacrificiels, en proscrivant la prostitution sacrée, en suggérant une unité humaine, en redonnant espoir aux désespérés, en consolant les humiliés. Le judaïsme se reconnaît dans cette œuvre et se réjouit que le christianisme ait ainsi contribué à l’ère messianique. Trop souvent meurtrie par l’Église, la Synagogue n’en reconnaît pas moins cette grandeur ‒ à commencer par le plus prestigieux de ses enfants, MaïmonideMais ces incontestables mérites et ces prestiges ont fait peu à peu perdre la tête au christianisme qui déclara sa morale supérieure à celle du judaïsme. Spectacle pénible. Car si, aux dires des Chrétiens, l’excellence de la morale chrétienne en prouve l’origine divine, sa prétention nous entraîne vers des régions moins élevées.

Peut-il y avoir deux morales divines, l’une plus parfaite que l’autre, ainsi que le laisse entendre le christianisme, lorsqu’il ne le proclame pas ? Quand le christianisme prétend à la supériorité morale sur le judaïsme ne blasphème-t-il pas ? Et ne doit-on pas envisager la doctrine de Marcion, doctrine strictement manichéenne, comme une œuvre du Malin, comme est œuvre du Malin tout ce qui sépare ?

Dieu a parlé, Juifs et Chrétiens en témoignent. Il a légué aux hommes UNE morale (divine donc) et non deux morales, avec la chrétienne venant parfaire la juive. L’Église qui représente la Synagogue les yeux bandés, aveugle donc, ne fait que blasphémer. La Loi de Dieu est parfaite, elle ne peut donc être perfectible. L’homme est quant à lui perfectible, et il ne l’est qu’à la condition que la Loi de Dieu soit parfaite. Or, qu’a fait le christianisme ? Il a mis la perfectibilité en Dieu alors qu’il est Le Parfait. Il a laissé entendre que Sa Parole est susceptible d’être retouchée, qu’elle est contingente donc. Le christianisme a mis en Dieu les habiletés de Paul, Juif chez les Juifs, Gentils chez les Gentils. Alors, à quoi bon une Révélation ? Comment l’homme peut-il mettre en mouvement sa perfectibilité s’il n’a pas devant lui une Révélation à même de l’entraîner, s’il n’est pas confronté au Dernier Mot qui est aussi le Premier ? Si la Révélation est ainsi émiettée, elle n’a rien à dire aux hommes qu’ils ne soient capables de se dire à eux-mêmes.

Alors, le christianisme est-il papillon et le judaïsme chrysalide ? Le judaïsme, une chrysalide que le christianisme aurait déchirée pour étirer ses ailes et prendre son envol ? Mais alors, si le christianisme est plus parfait que le judaïsme, ce premier ne devrait-il pas s’envisager à son tour comme une simple chrysalide, comme une simple étape vers une religion plus parfaite encore ? La révélation chrétienne (Dieu fait homme) qui fait suite à la révélation juive (le Mont Sinaï) doit-elle être meilleure que cette dernière ? Souvenons-nous, Dieu a légué aux hommes UNE morale…

Le plus grand déchirement qu’ait connu l’Église a pour nomProtestantisme. A ce propos, l’Eglise n’a-t-elle pas introduit le protestantisme par son attitude envers le judaïsme ? Le christianisme ne peut prétendre être en possession d’une morale supérieure au judaïsme sans saper le socle sur lequel il se tient, sans faire sombrer l’embarcation qui le porte.  

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Le judaïsme (et c’est l’une de ses plus puissantes particularités, un vecteur fécond et toujours actif), le judaïsme donc est une politique et une morale. Politique et morale tiennent l’une à l’autre par mille filaments. La politique interroge la morale qui œuvre à la formation des citoyens de la Jérusalem céleste mais aussi terrestre. Morale et politique se transmettent leurs énergies et dialoguent tout en maintenant une stricte indépendance l’une envers l’autre car la morale sait qu’elle n’a rien de commun avec la politique ; elle sait même que cette dernière est son adversaire le plus redoutable. Pour souligner cette indépendance, Elie Benamozegh propose de faire usage de deux noms : le Juif, membre de l’État gouverné par la hiérarchie judaïque ; et l’Hébreu, disciple de la foi d’Abraham.

C’est faute d’avoir compris cette vérité fondamentale que la morale des Chrétiens a pu être jugée supérieure à la morale des Juifs ou, plutôt, à leur politique. Or, la politique, aussi honnête puisse-t-elle apparaître, ne saurait rivaliser avec la morale. Si un individu peut répondre aux préceptes évangéliques de “L’Imitation de Jésus-Christ”, un État ‒ une nation ‒ ne le peut sous peine d’asservissement voire d’annihilation. C’est simple, une nation a moins de devoirs qu’un individu. La morale et ses règles peuvent être pleinement reçues par un individu ; dans la collectivité, elles s’estompent, se diluent. La morale que prônent les Évangiles ne peut être celle des Nations, et le christianisme l’a senti. Dans la morale qu’il prêche, il n’y a pas de place pour les patries et les nationalités. Aussi le christianisme propose-t-il aux Juifs sa nouvelle morale tout en leur désignant le Temple en flammes. Étrangers à la lutte menée par les Juifs contre les Romains, les Chrétiens se retirèrent. Et l’empire terrestre de cette Loi fut effacé. Lire la suite de l'article

 

 

P.S. Ci-dessus, deux sculptures (début XIIIèmesiècle) du portail sud de la cathédrale de Strasbourg avec, d’un côté, l’Église triomphante, de l’autre, la Synagogue vaincue. On notera ces Tables de la Loi que la Synagogue est prête à laisser tomber, car dépassées comme tout l’“Ancien” Testament… L’Église triomphante ou le “nouvel Israël”…

 


Lire aussi : Réponse à un prêtre à propos d'Elie Benamozegh http://zakhor-online.com

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