L’avocat Gilles-William Goldnadel, auteur de “Réflexions sur la question blanche” (Jean-Claude Gawsewitch Editions),
revient sur l’affaire de Villeurbanne.
Quatre suspects ont été mis en examen dans l’affaire de Villeurbanne. Pourtant,
malgré sa gravité, on ne parle presque plus de l’agression dont trois jeunes juifs ont été victimes le 1er juin. Comment expliquez-vous cette discrétion ?
Certains croient habiles de pratiquer la politique de l’apaisement, qui n’est pour moi que
la version française de l’appeasement cher, en d’autres temps, à M. Chamberlain, et qui n’était rien d’autre qu’un renoncement… Cette euphémisation de l’antisémitisme violent est
inquiétante.
“Certains”, dites-vous… mais qui, précisément ?
La gauche incarne assez bien cette tentation – hormis, peut-être, Manuel Valls, mais cela
reste encore à prouver. Peu de gens ont le courage intellectuel de souligner cette évidence, à savoir que l’antisémitisme violent n’est plus aujourd’hui le fait d’une extrême-droite
devenue fantomatique, mais qu’il est souvent le fait de Maghrébins ou, selon les actes, de musulmans.
N’ayant pas la réputation de pratiquer la langue de bois, je peux préciser, sans être accusé de précaution oratoire, que je pense sincèrement que la grande majorité de cette communauté est pacifique. Il n’en demeure pas moins qu’il réside à l’intérieur de cette communauté une minorité non négligeable qui continue de professer un antisémitisme mâtiné de racisme antiblanc, antioccidental et antifrançais.
Cette stratégie de l’apaisement vous semble donc dangereuse ?
Qu’on ait pu, dans le passé, se demander sincèrement s’il n’était pas dangereux de faire de
la publicité à ces violences, je l’admets volontiers. Mais nous n’en sommes plus là. Nous savons depuis 2000, et ce que l’on a appelé l’intifada des banlieues, qu’un antisémitisme
violent se manifeste sporadiquement, et de plus en plus ouvertement. Il aurait fallu sommer les responsables de cette communauté de ne pas se contenter de mises en garde verbales.
Beaucoup, je le souligne, sont moralement irréprochables (je pense notamment à Dalil Boubakeur) mais s’il n’y a pas, en France, un pouvoir politique assez lucide pour dire les
choses clairement, pourquoi voudriez-vous qu’ils s’engagent plus solennellement qu’aujourd’hui contre la minorité qui défigure leur communauté ?
Certains le font, comme l’imam de Drancy, Hassan Chalgoumi, qui s’est rendu
récemment à Tel-Aviv pour dialoguer avec les autorités juives…
Et que voit-on ? Que cet homme ô combien courageux, qui est l’honneur de sa communauté, est
aujourd’hui la cible d’une pétition haineuse, relayée notamment par le site Oumma.com et signée, entre autres, par les Indigènes de la République et certains de leurs compagnons de
route, comme Rokhaya Diallo – laquelle se présente comme antiraciste. Où l’on voit que le mouvement prétendument antiraciste a non seulement échoué dans son but affiché, mais a
aussi très souvent perverti les véritables luttes antiracistes !
Trois mois après l’attentat commis à l’école Ozar Hatorah de Toulouse, quel est
l’état d’esprit de la communauté juive, au moment où le père de Mohammed Merah porte plainte pour meurtre ?
La communauté juive a le sens des responsabilités. Elle a compris que l’antisémitisme
islamogauchiste était aussi dangereux que l’antisémitisme d’extrême-droite. Elle est inquiète mais elle ne cède pas à la panique, encore moins à un racisme antiarabe qui serait
moralement et politiquement inacceptable. Elle appelle les politiques et les médias à faire preuve de la même responsabilité qu’elle. Trois mois après le massacre de Toulouse, nul
ne peut faire l’économie d’une réflexion sur la détestation pathologique d’Israël. Qu’on ne fasse pas semblant de ne pas comprendre ce que je veux dire : je ne dis pas qu’il n’est
pas légitime de critiquer sur tel ou tel point la politique du gouvernement israélien, je dis qu’on ne peut pas “nazifier” l’Etat d’Israël sans nazifier par voie de conséquence une
communauté juive de France qui lui est naturellement solidaire et s’étonner ensuite des conséquences ultimes d’une telle perversion, comme les assassinats d’écoliers
juifs. Propos recueillis par Fabrice Madouas