Vendredi 23 septembre 2011 5 23 /09 /Sep /2011 00:30
- Publié dans : Jean-Pierre Bensimon

Voici en avant-première cette très bonne analyse de Jean-Pierre Bensimon qui est une excellente synthèse des problèmes engendrés par le choix palestinien de faire appel à l'ONU, cet article est tiré du N°4 de "Pour un autre regard" à paraître dans quelques jours 

  •   Pour obtenir la création d’un Etat palestinien, Mahmoud Abbas a choisi de ne pas négocier un traité avec Israël,  mais de l’imposer, en s’appuyant sur une majorité « automatique de l’ONU ».
  •  A la place d’un processus coopératif et négocié, le chemin est celui d’une confrontation, augurant tout le contraire de l’état palestinien « vivant en paix aux côtés d’Israël. »
  •  Les déclarations des dirigeants palestiniens montrent que cet état n’est pas un aboutissement mais le point de départ d’une épreuve de force politico-judiciaire mais aussi militaire, comme dans le cas de Gaza.
  • Enfin en faisant remonter « l’occupation » à la date de la création d’Israël , en refusant de renoncer au « droit au retour » et en annonçant un état judenrein, les Palestiniens « modérés » inscrivent clairement leur initiative dans leur traditionnelle stratégie de destruction d’Israël « par étapes ».

Quand la "communauté internationale" parle du futur état palestinien, elle utilise invariablement une formule qui fait l'unanimité ou presque: "un état palestinien vivant en paix aux cotés d'Israël". La question que se posent aujourd'hui les autorités israéliennes, la seule, c'est de savoir si les Palestiniens qui demandent aujourd'hui à l'ONU de reconnaître leur état (Mahmoud Abbas appuyé par le Fatah, mais non par le Hamas) désirent vraiment ce fameux état vivant en paix aux cotés d'Israël.

L'enjeu est essentiel et même vital pour l'état juif. Il a fait, il y a six ans, l'expérience de l'évacuation d'un territoire, la Bande de Gaza, remise au pouvoir local de l'époque, l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. Dix huit mois plus tard il n'était pas face à un voisin construisant une vie meilleure pour sa population et désireux d'une coopération fructueuse. Il était face au Hamas, une organisation qui a inscrit dans sa Charte rien moins que le génocide intégral des Juifs au nom d'une soi-disant prophétie coranique. A la clé, une pluie de missiles, des attentats et des incursions armées, dont l'une a abouti à l'enlèvement d'un soldat, Guilad Shalit, que le président Sarkozy qualifie justement d'otage. Cette situation de guerre empoisonne depuis la vie des habitants du sud d'Israël. Elle empoisonne aussi les relations d'Israël avec son environnement arabo-musulman. En témoignent les crises très sévères qui viennent de se produire avec l'Égypte et la Turquie et qui s'enracinent dans l'évacuation de Gaza. Elle oblige Israël à entamer la construction d'une barrière de séparation avec le Sinaï égyptien et à déployer un nouveau dispositif militaire dans le sud du pays.

Pour dire les choses sans détour, l'évacuation de Gaza qui a ouvert la voie à un pouvoir local palestinien aura été pour Israël une grande défaite stratégique. Les raisons intimes de ce désastre sont finalement simples. Les forces en place à Gaza au moment du retrait israélien en 2005, le Fatah et le Hamas, n'avaient aucune intention de nouer des relations pacifiques et coopératives avec lui. D'où l'importance capitale de la réponse à la question d'aujourd'hui: les Palestiniens qui demandent à l'ONU un état sont-ils dans une dynamique coopérative ou dans une dynamique d'affrontement, veulent-ils vivre côte à côte ou faire la guerre côte à côte, désirent-ils la paix ou "terminer le travail" de substitution d'un pouvoir arabo-musulman à l'état juif?

Pour tenter de répondre à cette interrogation décisive, il n'y a pas d'autre moyen que d'observer ce que les auteurs de la demande palestinienne à l'ONU font, et ce qu'ils disent. Par exemple, à l'aube du sionisme moderne, lors du Congrès de Bâle de 1887, les architectes du futur état juif décidèrent de créer un institut technologique. Cette décision exprimait l'état d'esprit, le cœur de leur projet: entrer dans le monde moderne, construire, créer. Et l'institut imaginé est né 25 ans plus tard: c'est le fameux Technion de Haïfa. Elle était l'annonce de ce qu'est aujourd'hui Israël. Quelle est donc l'annonce de la demande actuelle de M. Abbas?

Quelle méthode pour l'état palestinien ?

Tous les textes ayant une force juridique en droit international sans exception qui traitent du conflit israélo-palestinien depuis 1967, renvoient la solution du conflit israélo-palestinien à des négociations entre les parties. La résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU, la 338, les accords d'Oslo de 1993 et en particulier l'accord intérimaire de 1995, les stipulations du Quartet... Dans le sillage des accords d'Oslo un très long processus de négociation s'était d'ailleurs ouvert et il a duré plus de 15 ans, avec des hauts et des bas.

Or voici que Mahmoud Abbas rompt avec ce processus et demande unilatéralement une décision à l'ONU, où il sait qu'une majorité automatique condamne invariablement Israël et qu'elle est prête à souscrire à ses demandes pourvu qu'elles mettent Israël au pilori. C'est un coup de force juridique, la dénonciation de tous les engagements antérieurs de sa propre institution.

Comment justifie-t-il sa démarche de rupture? Par l'absence dans les faits de toute négociation, dont il impute la faute à Netanyahou. Du point de vue de la vérité cette affirmation est un déni, même si de grandes références occidentales comme le New York Times la reprennent à leur compte. Dès son arrivée en 2009, Netanyahou a affirmé sa position en faveur de la solution à deux états, et il s'est déclaré prêt à négocier immédiatement sans préalables. Il a décrété aussi, en signe de bonne volonté, un moratoire de 10 mois sur les constructions dans les implantations des Territoires.

On pouvait imaginer que Abbas se précipiterait à la table des négociations, lui qui veut ardemment son état. Il refusa, proposant un subterfuge : des entretiens par personne interposée, qui bien sûr ne menèrent à rien. Fin décembre 2009, pour forcer sa réticence, l'administration Obama convoquait les parties à Washington pour une session de négociations sans préalables. Mahmoud Abbas accepta de prendre l'avion, mais d'emblée avec une restriction. Il quitterait la conférence en cas de reprise des constructions gelées pour 10 mois. Et on était tout prêt de l'expiration du moratoire. Il posait ainsi un préalable. Jamais les négociations israélo-palestiniennes n'avaient été conditionnées par un préalable. Mais ce préalable était en même temps un prétexte de rupture idéal. Il savait que Netanyahou ne pouvait pas accepter publiquement de négocier en obéissant à un ukase qui en appellerait d'autres. Le dirigeant israélien accepta quand même un gel des constructions "silencieux", non officiel mais bien réel, mais rien n'y fit, Abbas se cramponna à son refus. Obama tirait une leçon tardive de ces évènements en s'abstenant de toute rencontre et de toute communication téléphonique avec lui depuis février 2011. Il ne le rencontrera à nouveau que le 21 novembre pour une tentative ultime de dissuasion

Mahmoud Abbas a donc torpillé les négociations en toute conscience, et avec le maximum d'habileté. Sa renonciation à une démarche coopérative a été parfaitement délibérée.

La reconnaissance unilatérale est rejetée en France par de nombreuses voix situées sur tout l'éventail politique. 115 parlementaires de gauche et de droite ont signé une lettre au président de la République affirmant : "..la reconnaissance unilatérale d'un état palestinien conduira les parties dans une impasse et condamnera le processus de paix à une mort certaine..." Jean-Marie Le Guen souligne "[qu'] il est dangereux de pousser en faveur d'une décision unilatérale alors qu'on devrait réactiver la discussion multilatérale." (Le Monde du 20 septembre). Pour Manuel Vals, "...il est de la responsabilité de la France (...) de mettre toute sa force, son amitié et sa fermeté au service de la négociation entre Palestiniens et Israéliens" (Libération 19 septembre), une façon de demander au président de la République de voter "non" à l'ONU.

Une stratégie coopérative et de paix?

L'obstination de Mahmoud Abbas n'est pas la lubie d'un vieil homme. Il a montré sa finesse tout au long de sa longue carrière. Sa décision a été murie et elle est fondée sur de très solides motifs, sans doute même sur une vision stratégique. S'il avait intérêt à éviter aussi opiniâtrement la voie coopérative, c'est parce qu'elle l'obligeait à prendre des engagements dont il ne voulait pas ou qu'il n'avait pas les moyens politiques d'assumer, par manque de popularité, d'autorité, de soutiens.

Un état obtenu à l'ONU lui permet de ne pas faire de compromis territorial avec Israël, de ne pas renoncer, même partiellement, au "droit au retour" des réfugiés, de ne pas accepter l'encadrement incontournable de la souveraineté de son état qui doit être démilitarisé, de ne pas mettre un point final au conflit avec Israël. Mais surtout, ce contournement de la négociation lui permet de ne pas avoir à signer un traité quelconque introduisant la reconnaissance réciproque d'un état non-musulman, un état juif, au Proche-Orient. Il est à noter d'ailleurs qu'aucun dirigeant Palestinien n'a jamais paraphé un document reconnaissant ce pouvoir-là, de l'époque du mufti Amin al-Husseini jusqu'à Mahmoud Abbas.

On peut donc penser que le coup de force de Mahmoud Abbas vis-à-vis du processus de paix est à la fois un échappatoire et une manière de préserver sa survie personnelle. Arafat n'avait-il pas dit à Clinton en 2000, que s'il signait à Camp David, il pourrait l'inviter en même temps à ses funérailles.

Mais cette explication des motifs de Mahmoud Abbas n'est pas suffisante car elle ne prend pas en compte nombre de ses déclarations, ni celles, édifiantes, de son entourage. Elle se contente de décrire une tactique visant à créer un l'Etat palestinien entendu comme un aboutissement. Mais il faut se demander si ce n'est pas plutôt un point de départ, l'étape et l'instrument d'un projet à venir.

Dans une interview au New York Times du 17 mai 2011, Mahmoud Abbas donne des éclaircissements précieux sur sa vision du lendemain : "L'admission de la Palestine aux Nations-Unies pavera la voie de l'internationalisation du conflit du point de vue juridique, pas seulement au plan politique. Elle permettra de porter nos exigences vis-à-vis d'Israël aux Nations-Unies, devant ses organes en charge des droits de l'homme et devant la Cour Pénale Internationale." Et son chargé des négociations, Saeb Erekat, abonde dans le même sens: "Cette avancée montrera Israël tel qu'il est, un état qui occupe un autre état..."

L'intention est claire: utiliser la reconnaissance, ne fut-ce que comme Etat-membre observateur, pour enclencher une dynamique judiciaire internationale contre Israël. C'est pour cela que l'un des principaux enjeux pour les Palestiniens est le vote des 37 états européens, qui donnerait une force politique suffisante à l'offensive politico-judiciaire en préparation.

Il est à présent évident que la démarche unilatérale palestinienne est une démarche offensive, et extrêmement agressive pour Israël. Tout le contraire de la démarche coopérative et constructive d'un état qui viserait à "vivre en paix aux côtés d'Israël" et à se bâtir un avenir. C'est l'assurance d'un véritable cauchemar: des mises en causes ininterrompues, des enquêtes et des rapports accusateurs, le risque de sanctions internationales, le champ libre à la délégitimation. Il est prévisible que dans ce contexte les relations des deux "états" se détériorent et entrent dans une spirale négative, à l'opposé des processus coopératifs dont les peuples et la paix ont un besoin intense.

Quand Israël disparaitra

Voila une première raison pour Israël de redouter, et de désapprouver fortement, les projets actuels de Mahmoud Abbas. Mais on trouve dans les déclarations des Palestiniens des raisons supplémentaires qui aggravent singulièrement le tableau.

Au point où nous en sommes, la volonté palestinienne serait d'imposer un retrait israélien de la Judée, de la Samarie, et de Jérusalem Est. Les effets en seraient déjà explosifs. Mais à travers ces déclarations, cette volonté semble aller beaucoup plus loin. Le 5 septembre 2011, dans un nouveau commentaire repris par l'éternel New York Times, Mahmoud Abbas fait une confidence qui mérite une sérieuse attention. Il dit : "Nous allons faire valoir qu'en tant que Palestiniens, nous vivons sous occupation depuis 63 ans". 63 ans et non 44 ans. S'il avait parlé de 44 ans d'occupation, on aurait entendu "l'occupation depuis la guerre de juin 1967". Mais non, c'est depuis 63 ans, c'est à dire depuis 1948, date de la création d'Israël. Si l'on suit donc M. Abbas, son projet pour en finir avec l'occupation, ce n'est pas de récupérer la Cisjordanie et Jérusalem Est, c'est d'en finir avec l'état créé en 1948, c'est à dire d'en finir avec Israël.

Pour confirmer que cette vue est bien celle de l'actuel leadership palestinien "modéré", voici une déclaration à ANB TV de M. Nabil Shaat, le chef de la diplomatie du Fatah, support de M. Abbas, le 13 juillet dernier. Celui-ci déclare: "La formule de deux états pour deux peuples est inacceptable pour nous. Nous pouvons décrire Israël comme un état pour deux peuples, mais nous, nous serons un état pour un peuple. Nous n'accepterons jamais une clause empêchant les réfugiés palestiniens de retourner dans leur pays, que cette initiative soit française, américaine, ou tchécoslovaque..."

M. Abbas veut en finir avec une occupation qui dure depuis 1948, M. Shaat ne veut pas accepter "deux états pour deux peuples" et il veut assurer l'entrée en Israël des 4 ou 7 millions de réfugiés palestiniens. Il ne manque plus que la déclaration du 13 septembre de Maen Areikat, l'ambassadeur de l'OLP aux Etats-Unis lors d'une réunion organisée par Christian Science Monitor pour parvenir à une vue d'ensemble: "Le futur état palestinien sera 'free of Jews' ". Traduisons: il sera  "Judenrein", ou encore "interdit aux Juifs". Pas aux Israéliens, aux Juifs.

En finir avec l'occupation de 1948, libérer toute entrave à l'entrée de l'état juif à des millions de réfugiés palestiniens, refuser le moindre Juif dans l'aire de l'état reconnu par l'ONU. C'est pour le nouvel état un programme éradicateur et un programme raciste dans son essence. Et c'est bien ce programme qui est soumis à l'ONU par les "modérés" de l'Autorité palestinienne et du Fatah.

Un tel état éradicateur, trouverait dans l'admission à l'ONU, ne fut-ce que comme membre observateur, tout un arsenal de mesures pour mener à bien son entreprise. Il pourrait interdire à Israël de survoler son territoire par où passe une route aérienne d'accès à l'aéroport Ben Gourion, il pourrait passer des accords avec la Syrie, avec l'Iran, ou avec tout autre état pour déployer par exemple un système de missiles à quelques centaines de mètres de la Knesset ou du quartier des administrations gouvernementales, il pourrait devenir à l'instar de Gaza un tremplin naturel de la guerre permanente.

Ce programme n'est pas apparu avec la rosée du matin. Il s'inscrit dans la droite ligne d'une très vieille décision de l'OLP. En juin 1974, son comité central avait adopté au Caire une résolution, dite du "plan par étapes". Sous l'influence des communistes vietnamiens, l'OLP abandonnait le programme consistant à "jeter les Juifs à la mer", pour une stratégie visant à dévorer Israël lentement, étape par étape, en saisissant toutes les occasions d'avancée partielles obtenues par tous moyens.

La grande réalisation de ce plan a été la signature des Accords d'Oslo qui octroyaient à l'OLP un territoire, une petite armée, et une population. L'Intifada de septembre 2000 apportait ensuite Gaza, grâce à une combinaison originale de violences terroristes, de campagnes d'opinion et de diplomatie. L'étape d'aujourd'hui consiste à se saisir de la Cisjordanie et de Jérusalem Est. Demain, l'arme de l'état octroyé par l'ONU ouvrira de nouveaux horizons.

On peut comprendre à présent qu'Israël s'alarme si grandement de la demande de reconnaissance d'un état palestinien par une majorité automatique de l'ONU. On comprend mal par contre que toute l'Europe, si attachée aux valeurs démocratiques, dont la dette envers le peuple juif est si immense, ne se lève pas dans l'unanimité pour s'opposer à ce coup de force, cet état judenrein et raciste en gestation, cette promesse d'une guerre interminable aux Juifs sur terre où la communauté internationale leur a maintes fois reconnu des droits historiques.

Les dirigeants palestiniens ont-ils jamais tracé pour la "Palestine" une perspective inventive, ont-ils dessiné le moindre avenir de modernité et de prospérité pour leur peuple? Dans leur projet d'aujourd'hui, quel institut technologique, quel programme agricole, quelle filière industrielle, quelle coopération scientifique, quelle modernisation de l'enseignement, quelle émancipation de la femme? Quelle autre vision concrète que celle de faire la chasse aux Juifs ?

 

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